Choisir son plan de clavier

En dehors des accordéons à deux rangées, difficile de dire qu'il y ait un standard en termes de dispositions des notes sur le clavier, chaque fabricant ou accordéoniste arrangeant celles-ci à son gré. Cette page tente une synthèse des principaux plans de claviers existants pour tenter d'y voir plus clair. Les explications sont basées sur un accordéon sol-do, mais sont transposables à n'importe quelle tonalité.

Le cas des deux rangées

Pas grand chose à choisir ici, si ce n'est la présence ou non d'altérations accidentelles dans les médiums sur les premières touches des deux rangées : les quatre altérations manquantes (si♭, mi♭, sol ♯, do ♯) sont présentes, la disposition est à la discrétion du fabricant. Sur les accordéons deux rangs +2, les touches supplémentaires donnent souvent les mêmes notes qu'en bas du clavier. Notons qu'en standard, le 2915 de chez Hohner ne présente pas d'altérations.
L'autre cas est celui du système irlandais pour lequel il y a toujours une gamme diatonique sur chaque rangée, mais espacées d'un demi-ton, donnant ainsi toutes les notes de la gamme chromatique (sans pour autant en faire des instruments pleinement chromatiques). 

Pour les accordéons à plus de deux rangées, il n'y a pas de réel standard, ni de disposition idéale. Le choix est personnel, dépend de vos besoins, de votre répertoire, de votre façon de jouer. Tout est une histoire de compromis : faites celui qui vous correspond.

Deux rangées et demie

Pour les accordéons avec quatre boutons supplémentaires, une approche est de disposer les quatre altérations manquantes sur deux boutons et de répéter cette disposition à l'octave sur les deux boutons suivants. Cela permet d'avoir une gamme chromatique complète sur deux octaves. La disposition des touches dépend de votre répertoire. Si vous comptez faire de l'accompagnement main droite, faites attention aux possibilités harmoniques offertes dans les tonalités ainsi que dans les tons voisins de l'instrument, qui seront les gammes que vous utiliserez probablement le plus1, en partant de la disposition main gauche. Par exemple, le mi étant poussé à la main gauche, vous aurez intérêt à mettre le sol ♯ en poussé à la main droite pour pouvoir jouer soit un accord de mi mineur (mi, sol, si) ou majeur (mi, sol ♯, si). Il n'y a pas de solution nécessairement meilleure qu'une autre ici, tout est une question d'optimisation en fonction de vos besoins.

Si votre instrument comporte cinq boutons supplémentaires, une idée est de garder la disposition précédente, mais d'utiliser le bouton supplémentaire pour inverser le sol et le la : vous aurez alors un sol tiré et un la poussé dans les médiums, ce qui est très utile autant harmoniquement que mélodiquement. Cette option suppose que vous ne touchiez pas aux deux premières rangées, il est en revanche possible de profiter au maximum des boutons supplémentaires en inversant le sol et le la sur la rangée de do. Plus besoin alors de chercher à inverser le la et le sol dans la 3e rangée, ce qui permet d'avoir un fa ou un fa ♯ en poussé par exemple. L'inconvénient est que vous perdez le parallélisme des deux première rangées. C'est une question de choix personnel.

Trois rangées

On peut compter majoritairement trois types de dispositions de notes pour les accordéons à trois rangées : les accordéons qui généralisent le système continental, les accordéons qui ont une 3e rangée d'altérations et les accordéons qui recherchent une cohérence sur les trois rangées. Une constante pour les accordéons à trois rangs : tout est histoire de compromis2

Système continental

Le principe est ici une généralisation du deux rangées aux trois rangées : on rajoute une troisième gamme sur la troisième rangée, séparée là aussi d'une quarte avec la deuxième rangée. Les tonalités fréquentes sont sol-do-fa ou la-ré-sol, très utilisées dans les musiques d'Amérique du Nord ou du Sud. On garde les avantages et inconvénients du système continental : parallélisme des rangées, facilité de jouer dans les tonalités de base et tons voisins, mais en contrepartie, toutes les notes de la gamme chromatique ne sont pas présentes (ou peu accessibles lorsqu'elles sont en bas du clavier). 

Système avec altérations

La deuxième catégorie est une généralisation de la logique adoptée pour les deux rangs et demi : on a une rangée d'altérations accidentelles. L'avantage d'avoir une troisième rangée complète est de pouvoir avoir une cohérence dans l'organisation : la plupart des plans de clavier reprennent la logique des deux première rangées : les trois mêmes notes en poussé, les quatre mêmes notes en tiré. Les plans de claviers les plus répandus de cette catégorie sont ceux proposé par Jean-Michel Corgeron ou François Heim. Les différences entre les deux sont mineures, et vont dépendre de vos besoins.

La dernière catégorie ne cherche pas à garder les deux premières rangées intactes mais à avoir la plus grande cohérence possible sur tout le clavier, tout en gardant le côté bi-sonore de l'instrument. C'est la logique adoptée par Norbert Pignol et Stéphane Milleret, dont le plan de clavier est le plus connu pour cette approche, mais aussi de dispositions moins connues comme le Polymodal de Jean-Claude Bélanger ou le Ctrl-Alt-Suppr de Malo Morvan. Les deux derniers abolissent le décalage entre poussé et tiré en arrangeant des cycles de quatre notes, les deux premiers donnent toutes les notes de la gamme chromatique en tiré mais pas en poussé, à la différence du dernier. Notons toutefois que si l'objectif est d'avoir toutes les notes dans les deux sens, la disposition de clavier la plus optimale et la plus logique est celle de l'accordéon chromatique. Un hybride entre la deuxième et la troisième catégorie consiste, comme pour les deux rangs et demi, à inverser sol et la sur la deuxième rangée, libérant de la place sur la 3e pour d'autres notes. 

Faire son choix

Le choix d'un plan de clavier, si vous n'avez jamais joué sur un accordéon à trois rangées peut être difficile : difficile de faire le tri entre les différentes propositions. Vous pouvez vous renseigner auprès d'accordéonistes ayant trois rangées, vous aurez probablement autant de réponses que de personnes, vous expliquant la supériorité de tel ou tel plan de clavier3. Globalement l'idée est de choisir un plan de clavier et de s'y tenir : si vous n'avez pas joué sur trois rangs avant vous vous adapterez.

La première question à se poser c'est celle-ci : êtes-vous prêts à faire quelques changements sur la disposition des touches des deux premières rangées ? Si oui alors la 1re solution est de d'inverser le sol et le la, et d'opter pour la 3e rangée de votre choix. En ce sens, le système dit « Alt-F4 » nous paraît être un très bon compromis : peu de changements, la logique du clavier est conservée (trois notes en poussé, quatre en tiré) et toutes les altérations sont disponibles en tiré.

Le clavier Milleret/Pignol introduit une deuxième modification sur la rangée de do : les sol sont remplacés par des sol ♯. Avec un faible coût en termes d'adaptation, ces dispositions augmentent beaucoup les possibilités de l'instrument et c'est probablement ce qui explique leur succès. 

Si vous n'êtes pas prêts à faire de modifications sur les deux premières rangées, choisissez une disposition standard type Corgeron ou Heim. Elles ne sont pas forcément parfaites, mais elles sont cohérentes et largement répandues. Si vous êtes lecteurs de Trad Magazine, sachez que les tablatures sont écrites pour le plan de clavier Corgeron.

La main gauche

Jusqu'à douze basses, la disposition est relativement standard, les accords sont disposés au-dessus de leur fondamentale. Sur un sol-do, on a habituellement les notes suivantes en supplément par rapport aux huit basses : sol ♯, si, si♭ et mi♭.

Quand il y a plus de boutons, chacun sa méthode. On peut rajouter les notes manquantes en gardant le même principe de fondamentales couplées aux accords, ou, comme le clavier Milleret–Pignol, ne mettre que des basses sur les six boutons supplémentaires, ce qui permet d'avoir toutes les notes de la gamme chromatique dans les deux sens d'action. Là encore, c'est une affaire de compromis.

Récemment, des modèles à 24 boutons à la main gauche font leur apparition sur le marché. Ce sont soit des dispositions ayant les douze paires basses-accord dans les deux sens (mais pas sur les mêmes touches, un comble), soit des systèmes plus complexes comme le Darwin de Marc Sérafini ayant une logique similaire aux mains gauche des accordéons chromatiques. Enfin, n'hésitez pas à jeter un œil aux accordéons mixtes : diatonique bi-sonore à droite, main gauche chromatique à gauche. N'ayez pas peur du nombre de boutons, la disposition est très logique, et grâce à des mécanismes de rouleaux, les accords sont composés à la demande, ce qui fait que ces mains gauches ne sont pas forcément plus lourdes que des 18 ou 24 basses avec registres et trois à quatre voix.

  • 1. C'est-à-dire pour un sol-do, les tonalités de : , sol, do, fa, leur relatives mineures (si mineur, mi mineur, la mineur et mineur) et modes associés.
  • 2. Disons-le franchement, la disposition « parfaite » existe déjà, il s'agit du système chromatique uni-sonore à boutons. Nul besoin de réinventer la roue, mieux vaut assumer les limites de nos instruments et accepter les compromis.
  • 3. Et si vous tombez sur quelqu'un de taquin, il ou elle tentera de vous convertir à l'accordéon chromatique.